08 mars 2010

"Pas un jour sans une ligne"... par Bruno Ruiz

LÉOTARD/BEAUREDON, FRÈRES ÉPERDUS DE VIE

Jean-Pierre Beauredon, c’est un peu quelqu’un qui aurait bu un verre de moins pour ne pas empêcher tout à fait le sublime partage du néant. Un trop plein de larmes qui ne peuvent plus couler. Cela fait longtemps déjà qu’il s’écorche aux textes de quelques désespérés flamboyants. Hier Bukowski, aujourd’hui Léotard. Il se dessine à leurs ratures. Se soigne à leurs brûlures. Avec nous, il longe un mur infranchissable, comme un chien qui voudrait s’enfuir d’un chenil. Tout est là et il n’y a rien à comprendre. Simplement survivre.

Dans son théâtre, tout se confond. Tout est confondant. La fausseté de la mise en abyme n’est là que pour préparer la véritable mise en abîme. Dans le brouhaha hésitant des lumières, deux musiciens d’exception accompagnent sa voix détruite : Claude Delrieu à l’accordéon/percu, Joël Trolonge à la contrebasse. Ils ne vont nulle part. Ils répètent. Ils poussent le chant, le chahutent, l’épousent, le prolongent. Et le poème de Léotard nous violente pour écrire une nouvelle tendresse. Sans véritable adresse sinon à celle de cette vieille femme cassée, extravagante, un peu lunaire, un peu vulgaire, qui traverse parfois le plateau pour nous faire sentir qu’elle a la légèreté de l’enfance et l’expérience de l’attente. On ne bascule jamais. On est dans la chute. De la table d’alcool à la table d’harmonie. D’ailleurs, depuis le début, on descendait chercher dans un accordéon désossé le fond de l’inaudible, la dernière mélodie dérisoire qui sauve. Tout cela est intense et définitif. Salubre comme les derniers mots d’un ange.

Jean-Pierre Beauredon ne chante pas faux. Il chante exactement.

Bruno Ruiz

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